Tract Nov. 05: embrasement des quartiers populaires

Publié le par Collectif des Féministes pour l'Egalité

SOLIDAIRES POUR L'EGALITE DES DROITS

L’explosion de violence qui embrase depuis 12 jours les banlieues françaises n’est ni gratuite ni accidentelle. Elle est le déchirant résultat de longues années de ghettoïsation sociale, économique et culturelle. Alors que de nombreux discours politiques ne cessent de proclamer une égalité républicaine de droit, c’est l’inégalité de fait qui y règne : les habitant-e-s de ces quartiers sont relégué-e-s, méprisé-e-s, discriminé-e-s et leur parole est confisquée.

 

La surenchère sécuritaire mise en place par le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy a fini d’empoisonner un climat social déjà dégradé par la paupérisation : le harcèlement et les violences policières, les déclarations et comportements racistes, ont mis le feu aux poudres. Lorsqu’à Clichy-sous-Bois, cette politique pyromane aboutit une énième fois à la mort tragique de deux adolescents, Zyed et Bouna, la rage et la détresse se sont emparées de leurs camarades. Ne nous aveuglons pas : les moyens d’expression publics sont à la mesure des espaces que la société est capable d’offrir à ses citoyens ; les émeutes urbaines sont la terrible parole de jeunes garçons de milieux populaires, le plus souvent issus de l’immigration post-coloniale, otages d’une image médiatique et stigmatisante qui les assigne de manière définitive à des rôles de « sauvageons », de « racaille », « d’islamistes ».

 

La présence massive de forces de répression dans les quartiers n’a ni contenu les violences, ni apaisé les esprits : les versions contradictoires sur la course-poursuite policière des adolescents qui pensaient se réfugier dans le transformateur électrique, puis plus encore, le gazage de la mosquée de Clichy-sous-Bois ont été autant de nouvelles vexations, véritable tremplin à l’expansion de la révolte. Non contents du mépris et du traitement infâmant infligés à celles et ceux qui fréquentent les lieux de culte, certains évoquent encore, sans la moindre preuve, sans vergogne ni décence, une hypothétique responsabilité d’acteurs religieux musulmans qui manipuleraient les jeunes des quartiers… Cet épouvantail-là n’a décidément pas fini de faire recette…

 

Nous, femmes du Collectif des Féministes pour l’Egalité, voilées, non voilées, croyantes, athées et agnostiques, françaises et étrangères, déclarons notre entière solidarité avec les femmes et les hommes des « cités », les premiers affectés par ces violences urbaines : car ce sont les écoles de leurs enfants, leurs transports publics, leurs trop rares installations culturelles et sportives qui sont menacées et/ou saccagées lors de ces affrontements. Nous nous engageons à manifester notre solidarité par tous les moyens de droit attachés à notre citoyenneté, à nous mobiliser tant sur le terrain auprès des populations des quartiers que par notre investissement auprès des élus politiques, des institutions républicaines et des organisations citoyennes.

 

Ce n’est certainement pas en imposant un état d'urgence, en recourant à un large dispositif d’exception comme la loi de 1955 conçue par l’Etat colonial à l’époque de la Guerre d’Algérie, que l’on rendra la dignité aux banlieues. Pis, c'est au viol des libertés fondamentales de tous les citoyens  que nous assistons et comme nous le savons toutes et tous, toute escalade liberticide est d'autant plus inacceptable que l'inacceptable porte en lui même les germes  de conflits à venir car il entraîne tôt ou tard des répercussions encore plus nocives. Pour que la paix s’installe, il n’est d’autre question à traiter que celle des droits et de l’égalité pour toutes et tous. Souvenons-nous, ces émeutes urbaines ne sont pas inédites: aux Minguettes au début des années 1980, à Vaulx-en-Velin en 1990, en Nouvelle Calédonie en 1985, la liste est déjà longue et pourrait à l’avenir encore s’alourdir si un changement radical de politique non seulement réellement égalitaire mais aussi luttant fermement  contre les exclusions, les stigmatisations, les relégations dans des espaces urbains périphériques et délaissés, n’est pas entrepris immédiatement et sur le long terme.

 

C’est pourquoi, nous exigeons : 

 

·         L’annulation immédiate de l’état d’urgence

 

·         Que cessent les discours et les pratiques de criminalisation des exclus et des laissés pour compte et que les forces de répression se retirent des quartiers.

 

·         Que des mesures réelles et pas simplement ponctuelles comme effets de manche soient prises contre les discriminations, afin de permettre aux quartiers et villes concernés de vivre dignement : accès à des emplois non précarisés du fait de l'origine sociale ou culturelle,  à des logements permettant de vivre dignement, à des écoles et des formations  de qualité, assouplissement de la carte scolaire qui renforcent la ghettoïsation sociale et culturelle des couches populaires, mise en place de services de santé de proximité et de services publics  à l'écoute des citoyens, équipements culturels dignes de ce nom et non activités occupationnelles

 

 ·         Que le ministre de l’Intérieur, qui a pris la responsabilité d’aggraver les tensions par des propos indignes, démissionne

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