Point de vue africain sur Islam et féminisme

Publié le par Collectif des Féministes pour l'Egalité

8 mars - journée de la femme : le féminisme et l'Islam

Le Soleil (Dakar)
ACTUALITÉS
27 Mars 2006
Publié sur le web le 28 Mars 2006

By Birahim LO, Dakar


Le 8 mars est consacré à la journée internationale de la femme. Pour rappel, la journée du 8 mars a été célébrée pour la première fois en 1910 à Copenhague par une confédération internationale de femmes socialistes de divers pays.

L'objectif premier était de servir la propagande du vote des femmes. A titre d'exemple, en France, les femmes ont commencé à voter en 1945, soit un siècle après les hommes. La journée du 8 mars a été adoptée en 1975 par les Nations Unies. Ce qui lui confère aujourd'hui une ampleur internationale.

Selon ses initiateurs, c'est une journée de protestation contre toutes les injustices faites à la femme, une journée de revendication des droits de la femme.

Il faut reconnaître que dans beaucoup de pays, à commencer par les pays occidentaux, les droits de la femme ont été bafoués. Dès la plus haute Antiquité, la femme est déclarée mineure vis-à-vis de la loi ; elle ne possède aucun droit civique. Pour le législateur grec ou romain, sa faiblesse d'esprit légitime ses incapacités juridiques. On se posait même la question de savoir si la femme était un objet ou un être vivant. Dans la mémoire collective des sociétés occidentales de tradition judéo-chrétienne, la femme était associée au péché originel. Elle était considérée comme une part du diable. Ailleurs, dans l'Arabie anté-islamique, les filles étaient enterrées vivantes. Dans certaines contrées d'Asie, une femme qui perdait son mari, était brûlée vivante avec le défunt dans un même cercueil pour les besoins des funérailles. Pour vous dire combien les femmes ont souffert et continue de souffrir de la loi des hommes.

Des féminismes au féminisme islamique

Le féminisme est né pour changer cet ordre qui date de l'antiquité. Il est l'expression de la revendication des droits des femmes par les femmes. Il existe trois grands courants féministes : le féminisme libéral égalitaire pour qui la liberté (individuelle) et l'égalité sont les deux principaux axes de lutte, le féminisme de tradition marxiste et socialiste qui dit que l'oppression des femmes est due essentiellement au système économique dominé par le capitalisme et le féminisme radical qui s'attaque aux aspects culturels de l'oppression et qui opte pour un changement des mentalités.

A ces trois grands courants, il faut désormais ajouter le féminisme islamique qui commence à prendre corps en Europe et dans certains pays musulmans. Ce terme a été utilisé pour la première fois par l'intellectuel Tariq Ramadan. Le féminisme islamique fonde sa philosophie sur le fait que jusqu'alors la majorité des travaux classiques en islam se concentrait sur les fonctions de la femme en tant que « enfant », « épouse » ou « mère », il s'agit désormais de parler de la femme en tant que « femme ». On doit s'intéresser à son être, sa psychologie et sa spiritualité. L'objectif étant d'arriver à la dignité et l'autonomie de l'être féminin, l'égalité en droit, la complémentarité par nature. Pour les tenants du féminisme islamique, il faut libérer la femme dans et par l'islam lui-même. En octobre dernier, a eu lieu à Barcelone (Espagne), le 1er congrès international du féminisme islamique.

Il faut préciser d'emblée que trop de confusions sont entretenues sciemment ou inconsciemment.

D'une part, certains détracteurs de l'islam jugent les sociétés musulmanes à travers le seul prisme occidental. Ce que l'occident considère bon est bon, ce qu'il dit être mauvais est mauvais. Malheureusement, c'est le cas de certain(e)s intellectuelles complexé(e)s du sud, partisan(e)s du "féminisme colonisateur" qui luttent souvent pour leur carrière.

D'autre part, il y a un grand écart entre le message de l'Islam et ce qu'en font les musulmans. Dire que l'Islam a libéré la femme est une chose, affirmer qu'elle n'est pas opprimée dans nos sociétés en est une autre. On confond trop souvent les habitudes héritées des ancêtres et les prescriptions de la religion. De plus, des lectures isolées de certains textes religieux, inventés parfois à dessein, amputés de leur contexte très souvent, ne traduisent pas réellement le message de l'Islam.

La situation de la femme dans l'Islam

Les textes islamiques sont très clairs quand à l'égalité de l'homme et de la femme dans l'ensemble des droits et des devoirs. Allah, le Très haut, dit : "Quiconque, mâle ou femelle, fait une bonne oeuvre tout en étant croyant, Nous lui ferons vivre une bonne vie. Et Nous les récompenserons, certes, en fonction des meilleures de leurs actions." Sourate 16 intitulée les Abeilles, An-Nahl, verset 97.

Les relations entre l'homme et la femme sont basées selon l'islam sur la fraternité, le soutien et surtout la complémentarité. Le Prophète (saw) a traduit cette idée par ces paroles : « Les femmes sont les soeurs (les compléments) des hommes ». ( rapporté par at-Tirmidhi et par Ahmad).

Omar ibn al-Khattâb affirma qu'avant l'Hégire "nous nous imposions à nos femmes et lorsque nous nous sommes rendus chez les Ansâr où les femmes s'imposent dans leur clan, nos femmes commencèrent à prendre les habitudes des femmes ansârites..." (al-Bukhârî, Muslim) et lui de regretter que sa femme osât lui répondre lorsqu'il la sermonnait et elle de lui rétorquer qu'il avait à supporter ce que le Prophète lui-même vivait.

Qâsim Amîn dans son livre La Libération de la Femme écrit : "La législation islamique (chariah) devança toutes les législations dans le domaine de l'égalité de la femme et de l'homme. L'islam annonça la liberté de la femme et son indépendance alors même qu'elle était au plus bas dans toutes les nations. Il lui donna tous les droits de l'homme et lui reconnut une compétence légale qui n'est pas moindre que celle de l'homme dans toutes les affaires civiles sans que son action ne soit soumise à l'approbation de son père ou de son époux. A ce jour, certains de ces avantages n'ont pas encore été donnés à la femme occidentale"

Femme et développement

Le rôle de la femme ne doit pas être différencié du rôle de l'homme en matière d'actions de développement. Chacun doit oeuvrer pour le mieux être des populations, la promotion de la justice et l'instauration de l'éthique dans la gestion des affaires. Nous avons tous appris dans l'histoire des premiers musulmans que les femmes s'engageaient dans la vie sociale. Elles participaient aux réunions, elles venaient à la mosquée, elles étaient dans les rangs des moudjahidines, elles étaient des responsables. L'exemple est donné par Achifaa Ibn Abdel Allah que Omar Ibn Al-Khattab avait désignée responsable (ministre), chargée du contrôle administratif et de la surveillance du marché de Médine.

Dans l'espace publique, les femmes musulmanes peuvent suivre l'exemple de la première croyante de l'islam Khadîjah et de la première femme martyr Sumayyah. Elles ont également des modèles parmi les femmes musulmanes de la première génération. Elles se souciaient beaucoup de leur communauté. Al-Bukhârî relate selon Sahl Ibn Sa'd que : "Une femme parmi les Compagnons possédait une ferme où l'on cultivait des épinards. Chaque vendredi elle arrachait des pieds d'épinard et les mettaient dans un chaudron, puis y rajoutait une poignée de son moulu et en faisait une soupe. A la fin de la prière du vendredi, nous allions vers elle et la saluions puis elle nous donnait à manger. C'était tellement délicieux que nous attendions les vendredis avec impatience pour manger de sa bonne soupe, sachant qu'elle n'y rajoutait ni viande ni graisse..."

Et pour terminer, la femme et la vie du couple

Pour terminer, nous évoquerons les tensions que traversent les familles aujourd'hui. La vie du couple est souvent rythmée par des déceptions qui finissent par des séparations, des déchirements dont les principales victimes sont les femmes et les enfants.

Nous devons méditer l'esprit qui animait les compagnons du Prophète dans la vie de leur ménage. Ils avaient compris le sens du verset 2 de la Sourate La Royauté : « Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver (et de savoir) qui de vous est le meilleur en oeuvre, et c'est Lui le Puissant, le Pardonneur ».

Sheikh Muhammad Al-Ghazâlî (1917 - 1996), rahimahoullah, que l'on surnommait le Ghazâlî (Abû Hâmid Al-Ghazâlî) de notre siècle relate dans son livre intitulé « Les Problèmes de la Femme Entre des Traditions Stagnantes et des Traditions Etrangères » l'histoire de Fâtimah, la fille du Prophète Mohammad (PSL). Il raconte que Fâtima se blessait les mains en moulant le grain avec une meule ou qu'elle portait l'eau dans une outre au point que son épaule n'en puisse plus. Pensez-vous qu'elle était simplement une femme au service d'un homme ? Fâtima bint Rassoul était une mère croyante qui a fondé un foyer régie par la confiance et l'amour : elle se dépensait elle-même et tout ce qu'elle possédait pour son époux et ses enfants. Il n'y avait ni un chef qui donnait des ordres ni une femme soumise qui obéit ! Non, il s'agissait de deux partenaires qui partagent le meilleur et le pire, afin d'atteindre deux objectifs : le succès de la religion en laquelle nous croyons et le succès de leur vie privée...

A Aïsha, on demanda un jour ce que le Prophète faisait à la maison (en guise de tâche ménagère) ; elle répondit qu'"il était au service de sa famille, et de plus cousait ses vêtements et réparait ses chaussures."

C'est tout le sens du dernier verset révélé concernant la vie du couple :"Parmi ses Signes : il a créé pour vous, tirées de vous, des épouses afin que vous vous reposiez auprès d'elles, et Il a établi l'amour et la bonté entre vous. Il y a vraiment là des Signes pour un peuple qui réfléchit." Coran 30/21 En vérité, tout le combat est là : « Les meilleurs hommes de ma Communauté sont les meilleurs avec leurs femmes ; les meilleures femmes de ma Communauté sont les meilleures avec leurs maris » (Hadith rapporté par Tirmidhi)



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Publié dans Débats

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