Pambazuka: Les droits des femmes en Islam

Publié le par Collectif des Féministes pour l'Egalité

Commentaires et analyses

Les droits des femmes en Islam

Khédija El Madani (2006-06-13)

Du 22 juin au 2 juillet prochain, le sommet de l’Union Africaine va se tenir à Banjul. En marge du sommet, Solidarity for African Women’s Rights (SOAWR), va mener une série d’activités dans le cadre de sa campagne pour la domestication du Protocole relatif aux droits des femmes en Afrique. Dans cette dynamique, Khédija El Madani défriche pour Pambazuka News les textes de lois de l’Islam et fait ressortir que la femme s’y voit accorder tous les droits. Pour El Madani « il est donc temps de revenir au vrai Islam, de suivre les préceptes du Coran et d'agir selon l'exemple de notre Prophète qui a toujours respecté la femme ».


S'il est un sujet qui fâche, c'est bien celui des droits des femmes en Islam.

Autant les Occidentaux et autres occidentalistes présentent, dans leur grande majorité, l'Islam comme l'ennemi des femmes et comme la religion qui leur dénie leurs droits les plus élémentaires, autant les musulmans, radicaux ou modérés, soutiennent que l'Islam a accordé aux femmes tous leurs droits.

Qui a tort ?

Et qui a raison ?

En fait, les tenants de chaque camp ont à la fois tort et raison car, s'il est avéré que l'Islam a constitué une véritable révolution dans le domaine des droits des femmes lors de sa révélation, en donnant aux femmes la dimension humaine que leur déniaient les us et coutumes de l'Arabie pré-islamique, qui reconnaissaient aux pères droit de vie et de mort sur leurs filles et réduisaient la veuve à un objet de la succession, dont héritait la parentèle de l'époux défunt, il est tout aussi indéniable que, au fil du temps, l'interprétation restrictive, et parfois même contraire à la parole divine, de certains ulémas a retiré à la femme ses droits, les uns après les autres.

La meilleure preuve de cet état de fait est la thèse soutenue par nombre d'exégètes (foukahas) selon laquelle c'est Eve qui est coupable du péché originel et responsable de l'expulsion d'Adam du Paradis alors que cette thèse, propre aux deux autres religions monothéistes, le judaïsme et le christianisme, non seulement n'existe pas dans la religion musulmane mais est clairement contredite par le Coran.

Ainsi, les versets de la sourate "Les limbes" (الأعراف) affirment de façon claire et précise, qui ne peut prêter à nulle équivoque, que ce sont en même temps Adam et Eve qui ont été tentés par Satan et que ce sont eux deux qui ont succombé à la tentation et désobéi aux injonctions divines.

"Le Diable leur suggéra à tous deux …" (verset 20 "فوسوس لهما")

" Et il leur jura…" (verset 21 "و قاسمهما")

"Alors il les fit tomber par tromperie …et leur seigneur les appela: ne vous ai-je pas tous deux interdit cet arbre? Et ne vous ai-je pas dit que le diable était vraiment pour vous deux un ennemi déclaré" ? (ver set 22
"فدلّهما بغرور...و ناداهما ربّهما ألم أنهكما عن تلكما الشجرة و أقل لكما إن الشيطان لكما عدو مبين").
"Tous deux dirent …" (verset 23 "قالا...").

Cet exemple illustre parfaitement à quel point plusieurs d'exégètes musulmans se sont éloignés des préceptes coraniques jusqu'à soutenir le contraire de ce qui est affirmé dans le saint Coran.

Et c'est dans le domaine du statut de la femme dans la famille que se traduit le plus cette contradiction entre l'Islam et l'éxégèse réductrice qui en est souvent faite.

C'est ainsi que la question des droits de la femme dans la sphère familiale, au lieu d'être appréhendée d'une façon globale, dans le cadre des préceptes et principes établis par le Coran et par la tradition du Prophète Mohamed, est considérée d'un point de vue restrictif et est, en quelque sorte, "délocalisée", isolée de l'ensemble harmonieux des règles et des injonctions divines et traitée de façon indépendante, ce qui a eu pour résultat de fausser complètement les choses et de priver les femmes des droits que Dieu leur a accordé.

Ainsi, petit à petit, la femme fut privée de la lumière du savoir, emprisonnée entre les murs de la maison et soumise aux ordres de son époux et tenue d'obtempérer à tous ses caprices sous peine de répudiation, au nom de l'Islam, comme si elle n'a que des devoirs par rapport à l'homme qui paraît n'avoir que des droits alors que le Coran affirme clairement qu'elle a autant de droits que de devoirs.
(verset 228 sourate La Vache "و لهن مثل الذي عليهن بالمعروف")

Par ailleurs, le Coran exhorte les hommes à bien traiter leurs épouses : "Traitez-les avec bienveillance (verset 19 sourate Les Femmes "و عاشروهن بالمعروف").

- "Gardez- les de façon convenable ou séparez-vous d'elles de façon convenable".
(verset 2 sourate Le Divorce"فامسكوهن بمعروف أو فارقوهن بمعروف" ).

- Et il leur fait interdiction de leur porter préjudice : "Ne cherchez pas à leur nuire…".
(verset 6 sourate Le Divorce ("و لا تضاروهن..".

- " Ne les retenez pas abusivement" (verset 231 sourate La Vache "و لا تمسكوهن ضرارا..." ).

Dans le même temps le Coran fait du mariage un lien solennel.
- " Elles ont obtenu de vous un pacte solide" (verset 21 sourate Les Byzantins "و أخذن منكم ميثاقا غليظا").

Et dans le même ordre, il présente les époux comme étant chacun un vêtement pour l'autre :

-"Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles" (verset 187 sourate La Vache "هنّ لباس لكم و أنتم لباس هن").

De même que le Coran place le mariage sous le sceau de "l'affection et de la miséricorde" (verset 21 sourate les Byzantins).

D'un autre coté, Dieu a mis les femmes et les hommes sur un pied d'égalité absolue, leur promettant pareillement le Paradis en récompense de leurs bonnes actions et les menaçant également de l'enfer de la Géhenne en punition de leurs mauvaises actions ainsi que l'indiquent plusieurs versets du Coran :

" Celui qui a fait une bonne action, qu'il soit de sexe masculin ou féminin, ceux-la entreront au Paradis" (verset 40 sourate Le Pardonneur.
" من عمل صالحا من ذكر أو أنثى و هو مؤمن فأولائك يدخلون الجنة").

- " Celui qui accomplira de bonnes actions qu'il soit de sexe masculin ou féminin…". (verset 124 sourate les Femmes
"و من يعمل الصالحات من ذكر أو أنثى" ).

- " Il punit les hypocrites hommes et femmes et les mécréants et les mécréantes" (verset 6 sourate La Victoire
"و يعذّب المنافقين و المنافقات و المشركين و المشركات" ).

Par ailleurs, n'oublions pas que le Coran a octroyé à la femme des droits économiques égaux à ceux de l'homme en lui reconnaissant la liberté et la capacité de gérer ses biens sans main-mise du père, du frère ou du mari et des droits politiques en lui permettant de faire allégeance au Prophète, à l'instar des hommes.

Il convient de rappeler, d'autre part, que Dieu a créé l'homme et la femme d'une seule et unique âme : " O gens, craignez Dieu qui vous a créé d'une même âme " (verset 1 sourate Les Femmes "يا أيها الناس اتقوا ربكم الذي خلقكم من نفس واحدة").

Par voie de conséquence, lorsque, l'homme avilit la femme et lui porte préjudice c'est lui même qu'il avilit et c'est à lui- même qu'il porte préjudice.

C'est pourquoi prétendre que l'Islam fait de la femme un être inférieur par rapport à l'homme tient du blasphème. Femmes et hommes ont été créés par Dieu afin qu'ils Le vénèrent et les meilleurs parmi Ses créatures sont celles qui font montre de piété, sans égard aucun à leur sexe.

- "Les meilleurs d'entre vous sont les plus pieux (verset 13 sourate Les Cloisons "ان أكرمكم عند الله أتقاكم" ).

Ce n'est donc nullement en fonction du sexe biologique que Dieu traite Ses créatures mais uniquement en fonction de leurs actions et eu égard à leur rôle social.

En conclusion, j'affirme haut et fort que les raisons pour lesquelles la femme musulmane est privée de certains de ses droits fondamentaux ne sont nullement imputables à l'Islam mais tiennent à l'interprétation inexacte de certains ulémas et que la quasi-majorité des traditions sexistes prétendues découler de la religion musulmane n'ont en réalité aucun lien avec elle et lui sont même souvent absolument contraires.

Il est donc temps de revenir au vrai Islam, de suivre les préceptes du Coran et d'agir selon l'exemple de notre Prophète qui a toujours respecté la femme.

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