Le Meurtre d'une Pakistanaise secoue l'Italie

Publié le par Collectif des Féministes pour l'Egalité

 

Le meurtre d'une Pakistanaise secoue les Italiens Rome, par Richard Heuzé

Hina, 21 ans, a été tuée par son père à l'issue d'un conseil de famille. AP.
Elle avait 21 ans, un air mutin, un joli sourire sur les lèvres. Les photos parues dans la presse la représentent vêtue d'une robe blanche d'été, les bras nus. Hina a été égorgée vendredi dernier dans sa chambre, à Brescia (Lombardie) par son père Mohammed Saleem, un musulman intégriste, à l'issue d'un conseil de famille : «Je ne voulais pas qu'elle devienne comme les autres», a commenté l'assassin.
Le procureur de Brescia, Giancarlo Taquini, a confirmé hier les résultats de l'enquête en attribuant ce crime «d'une cruauté inouïe» aux «profondes convictions religieuses» de la famille. Après l'arrestation du père et de l'oncle, une troisième personne, sans doute le beau-frère de la victime, est recherchée. Ils sont accusés d'homicide volontaire aggravé. Ils avaient enterré le corps dans le jardin du logis familial, la tête tournée vers l'est, sous 80 centimètres de terre.
Les rythmes de la tradition
Mohammed Saleem était arrivé d'Islamabad il y a une dizaine d'années. Il s'était établi à Sarezzo, dans le Val Trompia. Cette banlieue industrielle aux portes de Brescia abrite une pépinière d'entreprises dynamiques. La province recense cent mille immigrés, dont 10% de Pakistanais. Très vite, sa famille l'a rejoint : sa femme et leurs six enfants, quatre filles, dont Hina, et deux garçons, ainsi que son frère et d'autres parents. Une fois son travail terminé à l'usine, Mohammed aide son fils aîné à gérer un petit restaurant pakistanais.
La vie en famille était réglée par les rythmes de la tradition. Éducation à la pakistanaise pour les enfants, vêtements traditionnels pour les filles, interdiction de sortir avec des garçons n'appartenant pas à la communauté. Cela n'a pas pourtant pas empêché Mohammed de demander à être naturalisé italien. Il a déposé sa demande il y a deux mois à la préfecture. La famille tolérait mal les velléités d'indépendance de Hina. La jeune femme portait jeans et minijupes, fumait en public, travaillait comme serveuse dans un restaurant indien. Et surtout elle vivait depuis quelques semaines chez son ami italien, Giuseppe, un ouvrier métallurgiste de son âge. Refusant le mari pakistanais, de confession musulmane, que son père lui avait trouvé.
Son arrêt de mort aurait été décidé entre les hommes de la famille. Un voisin les a vus enterrer le corps dans une fosse creusée depuis plusieurs jours. «Mon client est animé par de profondes convictions religieuses. Il suit scrupuleusement le Coran», a déclaré l'avocat de Mohammed, qui n'a pas manifesté le moindre repentir. Un tel comportement est rituel au Pakistan. Dans une enquête portant sur l'année 1997, l'Unicef recensait 300 jeunes femmes ayant subi le même sort dans une seule province.
Cet assassinat barbare révulse les Italiens. Pour le ministre de l'Intérieur, Giuliano Amato, il faudra faire en sorte que «tout candidat à la nationalité italienne adhère aux valeurs fondamentales de notre société qui confèrent à la femme le droit d'être respectée et de choisir librement sa vie». Le projet de loi visant à accélérer les naturalisations d'immigrés qu'il vient de déposer au Parlement «devra en tenir compte».
Richard Heuzé
Le Figaro du 17 août

 

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