Du statut de la femme en Islam, Nadia Yassine

Publié le par Collectif des Féministes pour l'Egalité

Du Statut de la femme en islam
Nadia Yassine, 12/12/2005



Constat

L'islam a honoré la femme, l'islam a donné des droits aux femmes, l'islam a
protégé la femme ; c'est la rengaine que chacun et chacune entend quand il
pose des questions sur le statut des femmes dans le monde musulman.
Nous n'avons pas assez de temps pour rentrer dans le détail et énumérer les
différences effectives qui peuvent exister entre une femme et une autre dans
la réalité d'un monde aussi vaste, aussi stratifié et aussi divers que le
monde musulman. Certes le quotidien d'une femme touareg n'a presque rien en
commun avec celui d'une femme de la haute bourgeoisie libanaise sinon
qu'elles partagent la même foi.

Il y a certainement d'immenses différences au cas par cas, et pourtant la
vérité est qu'il y a bel et bien une spécificité du statut de la femme dans
le monde islamique.
Elle se traduit dans des traditions, des mentalités, des programmes
scolaires ; pire, par des lois et par des statistiques, qui il est temps de
l'avouer, donnent raison à beaucoup de discours que jusqu'ici les musulmans
réfutent et renient. Oui la femme musulmane est opprimée au nom de l'Islam.
Oui elle est infantilisée au nom de l'islam ; oui elle est répudiée et jetée
à la rue au nom de l'islam ; elle est marginalisée au nom de l'islam. Oui
elle est excisée au nom de l'Islam.


Questionnement

De plus en plus se pose la question essentielle de savoir si ce sont les
textes originels, en l'occurrence le Coran et la Sounna qui cautionnent
l'infériorisation des femmes ? Ou bien est-ce justement notre éloignement de
ces sources qui a fait que cette infériorité évidente soit mise sur le
compte de l'Islam ?

Dès que l'on se débarrasse des carcans idéologiques fabriqués par des
siècles de jurisprudences cumulées et hétéroclites et que nous nous
ressourçons directement dans les enseignements du Prophète de l'Islam ; il
nous apparaît clairement que la dynamique qui était inhérente à son
enseignement a été doucement mais sûrement occultée. On découvre aisément
qu'on s'est éloigné de l'esprit des lois islamiques, et que cela est dû à
plusieurs causes qui se relient forcément mais que nous dégagerons et
caricaturerons dans un souci démonstratif :

1°) La rupture politique représentée par le coup d'état ommeyade a inhibé la
dynamique de libération instaurée par l'enseignement du Messager.

2°) les schismes dus à la rupture politique affaiblirent encore plus cette
dynamique, dispersèrent les forces vives de la oumma et passèrent au tout
dernier plan toute réflexion exhaustive sur le statut tout nouvellement
conquis par la femme au temps du Prophète Mohammad.

3°) l'ijtihad, cette force vive et contestatrice recherchant la meilleure et
la plus adéquate des solutions pour sauvegarder l'esprit de la loi s'est
transformé petit à petit en une lutte contre le pis-aller pour s'étioler
complètement et disparaître laissant place au taqlid « le littéralisme
conformiste ». De la lumière de l'ijtihad nécessaire on passe à une
interminable nuit de sclérose intellectuelle et spirituelle inévitable dont
la femme paie très cher la facture. Au lieu de jouir des droits attribués
par les textes originels, elle se retrouva prisonnière de la jurisprudence
basée sur « sad addarai » (qu'on peut traduire littéralement par
jurisprudence « bouche-trou ».)

4°) la résurgence de pratiques tribales maquillées consciemment ou
inconsciemment par une certaine jurisprudence afin de les légitimer.


5°) l'expansion de l'Islam entraîna deux phénomènes majeurs liés :
- Elle retarda la dynamique initiée par le Coran de l'abolition de
l'esclavage.
- Ce qui accentua la tendance à la claustration des femmes musulmanes pour
souligner leur distinction des femmes esclaves et de basse condition :
enfermer la femme pour mieux la protéger. Telle était la devise.


Projet

La réalité est certes très complexe ainsi que les solutions que l'on peut
proposer pour se ressourcer convenablement. Le fait est que l'effort doit se
faire dans trois sens
- Se ressourcer par le cour ; le domaine spirituel et la connaissance
intuitive sont essentiels pour un ressourcement dans des textes venus
principalement rappeler au sens spirituel et à la pratique de cette
spiritualité.
- Se ressourcer par l'acquisition des instruments théologiques. autrement
dit faire revivre l'ijtihad « que je définis comme un effort de réflexion
exhaustive » et faire en sorte que plus de femmes y participent. Faire de
l'effort de réflexion un effort collectif, un travail de groupe. Pour un
monde complexe les solutions à trouver ne peuvent être le fruit du travail
d'un seul.
- Se ressourcer par le dépassement de notre héritage politique. L'effort de
réflexion ne peut se faire que dans des sociétés réellement démocratisées
autrement dit débarrassées de ces pouvoirs coercitifs qui ont été à
l'origine même de l'aliénation des femmes et des hommes de cette société.

Le travail attendu donc est un travail d'éducation doublé d'un travail au
niveau politique. Il faut cependant miser sur le long terme et surtout
veiller à ne pas s'inscrire dans la lignée du féminisme classique et donc
occidentale et fatalement matérialiste. Il ne s'agit pas de prendre sa
revanche sur une société machiste. Il s'agit de se réinscrire dans le cadre
d'une complémentarité où la femme et l'homme sont des partenaires à part
égale et dans la perspective d'une société plus équitable et donc plus
humaine et plus spirituelle : une société de sens et de confiance.


Promouvoir un féminisme à l'occidental revient à se tromper d'histoire et de
repères. Cela reviendrait surtout à violenter le cours d'une histoire
séculaire, à créer plus encore de résistances et à exacerber plus encore les
paradoxes.
Savoir ce que nos textes sacrés ont prescrit réellement en matière de droits
des femmes est une chose exigée; vouloir les faire revivre à l'instant, tout
de suite et sans attendre revient à un suicide social ou à une
stigmatisation systématique.

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